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Trois rôles secondaires dans trois productions, qui montrent une Madonna du milieu des années 90 jouant avec son personnage public, à la fois provocante, working-woman et extravagante : Comme si finalement sa présence dans ces productions marquait un tournant dans sa carrière d’actrice et d’artiste tout simplement, et ce, juste avant la déferlante Evita ! Voici donc trois ovnis du cinéma indépendant américain liés à l’univers de Quentin Tarantino et Spike Lee :
Tout d’abord « Four Rooms » — Film découpé en 4 sketches dont chacun correspond aux numéros de 4 chambres (d’où le titre) et la particularité est qu’il est réalisé par quatre cinéastes. L’histoire suit un groom d’hôtel pendant une nuit dans un hôtel de Los Angeles. Ici, Madonna est membre d’un coven de sorcières, son personnage mélange sensualité, humour absurde et ésotérisme. Le rôle exploite l’image publique de Madonna tout en restant volontairement caricatural et ludique.
« Girl 6 » est du ressort de la comédie dramatique. Le film explore le milieu du téléphone rose au travers du fantasme et de l’identité. Madonna interprète la responsable d’une hotline érotique. Même si sa présence est limitée, elle sert de figure de pouvoir dans un film qui réfléchit à la performance, au désir et à l’exploitation de l’image féminine, un peu comme sur sa propre célébrité.
Enfin, « Brooklyn Boogie » (également connu sous le titre Blue in the Face) dont l’action tourne autour d’un bureau de tabac de Brooklyn, avec de nombreuses apparitions de célébrités. Madonna apparaît dans un simple caméo de messagère de télégrammes chantés. Son rôle est bref mais correspond bien à l’esprit du film : une succession de rencontres excentriques et improvisées dans un Brooklyn foisonnant. Elle y apporte surtout une énergie comique et d’autodérision.
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Ces trois films représentent bien l’esthétique indépendante américaine des années 90 : dialogues décalés, narration fragmentée, humour urbain et casting atypique ; la présence de Madonna en fait une sorte de mini-fil rouge en prémisse à la bombe Evita. Alors pourquoi Madonna a-t-elle fait ses petits films ? en avait-elle besoin financièrement ? Non surtout que ce genre de prod n’est pas fait pour amasser des millions et qu’à cette époque-là Madonna est déjà extrêmement riche ; s’agit-il d’une stratégie quelconque ou d’un positionnement d’image dans le 7e art, sorte de recherche de reconnaissance ? Certes oui, çà parait déjà plus plausible.
RECHERCHE LEGITIMITE DESESPEREMENT
D’un côté, il y avait clairement une quête de légitimité cinématographique. Madonna était déjà une immense star de la pop, mais sa crédibilité comme actrice restait contestée après des films descendus par la critique avant même qu’ils ne soient sortis, Madonna-actrice condamnée d’avance ; apparaître même brièvement dans un film indépendant, lui aura permis d’avoir une sorte de légitimité dans un milieu fermé et snob ! Faire un petit rôle dans « Four Rooms » ou « Brooklyn Boogie » revenait presque à afficher une appartenance à une intelligentzia.
STRATEGIE PAYANTE
Cependant, réduire cela à une simple opération de carrière serait incomplet. Madonna a toujours eu un vrai goût pour les collaborations atypiques et les coups médiatiques qui font parler. Madonna a toujours du flair et un réseau hors du commun, et surtout dans les années 90 elle savait s’entourer de tout genres, tendances de mode, culturelles et artistiques (photographes, écrivains, réalisateurs, performers). Son apparition dans ces films est une manière aussi de participer à une effervescence qu’elle admirait sincèrement.
Il faut aussi voir le contexte médiatique : Madonna maîtrisait très bien la circulation de son image. Un petit rôle inattendu a souvent plus d’impact qu’un grand rôle raté dans un blockbuster. De plus, un caméo et un petit rôle entretient son aura : Elle apparait ainsi comme une figure omniprésente de la culture pop.
Il y a aussi une forme de génie pragmatique dans cette opération : les petits rôles la protège. Être actrice principale l’exposait fortement à des critiques violentes. Dans un caméo, elle pouvait être “Madonna” sans avoir à porter tout un film sur ses épaules. Cela transformait sa présence en un événement plutôt qu’en performance à évaluer.
POSTERITE
Le paradoxe est que cette stratégie a plutôt bien vieilli : aujourd’hui, ses apparitions dans ces films indépendants donnent l’impression qu’elle était profondément connectée à la culture alternative des années 90, et pas seulement une superstar cherchant à faire du cinéma à tout prix pour faire parler d’elle !
Franck Schweitzer